Comment regarder un tableau

Comment regarder un tableau

Vous êtes-vous déjà interrogé sur la façon dont vous observez une œuvre d'art ? Savez-vous vraiment comment regarder un tableau pour en tirer le maximum ? La plupart d'entre nous passent devant les toiles en quelques secondes à peine, sans réellement les voir. Pourtant, prendre le temps d'observer correctement un tableau peut transformer complètement votre expérience artistique. Voici notre guide complet pour apprendre à regarder, et pas seulement voir, une œuvre d'art.

Voici un aperçu des différentes approches pour observer un tableau :

Approche Temps recommandé Ce que vous allez découvrir Niveau Où pratiquer
Observation rapide 30 secondes - 2 min Impression générale, émotions immédiates Débutant Partout
Observation attentive 5-10 min Détails, technique, composition Intermédiaire Musées, galeries
Observation approfondie 20 min et + Couches de peinture, processus créatif, subtilités Avancé Devant vos œuvres préférées
Observation active Variable Connexion personnelle, interprétation Tous niveaux Partout

L'art vous appartient : osez vous approcher

L'art vous appartient. Ne vous laissez pas intimider par ce que l'« élite artistique » pourrait en penser. Que vous soyez un aficionado de l'art, un amateur occasionnel ou un débutant curieux, votre regard compte. Votre interprétation est tout aussi valable que celle d'un critique chevronné.

Le secret de l'étiquette en galerie ? Approchez-vous. La position de face, au centre, est généralement la plus recherchée pour observer un tableau, et donc la plus difficile à obtenir, particulièrement lors des vernissages. Attendez que la personne au meilleur emplacement se décale. Puis glissez-vous à sa place d'un mouvement assuré.

Prenez votre temps devant l'œuvre. Parfois, des gens viendront se positionner à côté de vous. C'est normal. Quand la politesse exige que vous vous déplaciez vers la gauche, la droite ou que vous reculiez d'un pas pour faire de la place à un autre visiteur, faites-le. Une fois qu'ils bougent, vous pouvez reprendre votre place.

Ne soyez ni embarrassé ni honteux : cette chorégraphie délicate est traitée par certains comme une compétition, mais ça ne devrait pas l'être. Tout le monde a le droit de voir l'art. Maintenir le bon angle de vue demande simplement de la patience.

Combien de temps faut-il regarder un tableau ?

Des études ont été menées pour savoir combien de temps nous passons réellement à observer des œuvres d'art, et les résultats sont assez désolants.

Une étude a révélé que les visiteurs regardent pendant moins de deux secondes, se tournent ensuite pour lire le cartel explicatif pendant 10 secondes supplémentaires, puis passent à autre chose. Le Louvre a constaté que les gens ne regardent la Joconde que 15 secondes en moyenne. Quinze secondes pour l'une des œuvres les plus célèbres au monde !

Au tournant du millénaire, la National Gallery de Londres a lancé son exposition « Telling Time », invitant des chercheurs du Centre de recherche en vision appliquée à étudier comment nous regardons les tableaux. Leur étude, menée sur trois mois entre 2000 et 2001, a collecté plus de 5 000 réponses de participants. Un des trois tableaux était présenté aux visiteurs et leurs réactions étaient enregistrées par une technologie de suivi oculaire spécialement conçue pour la tâche.

Les résultats ont été révélateurs. Nous ne « consommons » pas les tableaux d'un seul coup d'œil. Au contraire, nous les observons comme nous observons le reste du monde : de façon fragmentaire, en recueillant des informations à partir de multiples petits points de vision précis, pour assembler une image dans notre esprit.

Plus nous passons de temps à contempler un tableau, plus nous pouvons collecter de détails visuels, et donc plus la richesse de l'œuvre se révèle progressivement. C'est comme assembler un puzzle : chaque seconde supplémentaire ajoute une nouvelle pièce.

Regarder versus voir : l'art de ralentir

L'art de regarder un tableau est aussi l'art de ralentir. Compte tenu des preuves scientifiques, nous devrions rester devant les œuvres bien plus longtemps que nous ne le faisons actuellement.

Je recommande 20 minutes minimum devant un tableau. Dans une visite de musée d'une heure, cela vous permet de déambuler pendant 20 minutes, de choisir une œuvre qui vous attire pour passer les 20 minutes suivantes avec elle, et d'avoir encore le temps de feuilleter le catalogue à la boutique et de prendre un verre au café du musée.

Vous n'avez pas toujours besoin de choisir l'œuvre la plus « iconique » exposée. Ces tableaux ultra-célèbres ne sont pas toujours les meilleurs, et ils sont souvent bondés de touristes qui bloquent la vue. Choisissez plutôt une œuvre représentant des sujets qui vous intéressent personnellement (la musique, les chevaux, les paysages épiques) ou qui possède des caractéristiques que vous appréciez : des détails photoréalistes peut-être, ou de grands gestes picturaux.

Observer les couches de peinture : la vraie richesse d'un tableau

Ensuite, penchez-vous vers la toile. La peinture, c'est avant tout une histoire de couches, alors regardez attentivement comment elle est appliquée. La peinture à l'huile est un médium particulièrement sensuel. Son épaisseur magnifique et sa texture lisse, sa profondeur magnétique de brillance et son odeur envoûtante doivent être expérimentées de près.

Cherchez les zones où la peinture est fine ou les espaces vides : ce sont là que les secrets de la technique de l'artiste se révèlent. Regardez comment Rubens, dans « La Pêche miraculeuse », affiche fièrement son dessin à l'encre, son fond brun-ombre, ses lavis laiteux qui coulent, ses rehauts et son modelé musculeux dans les coins inachevés de cette œuvre.

Les coups de pinceau visibles, les empâtements, les glacis transparents, les grattages, les couches superposées : tous ces détails racontent l'histoire de la création du tableau. C'est comme lire les pensées de l'artiste au travail.

La peinture est un processus, pas un point final

J'apprécie particulièrement les artistes qui utilisent des coulures, des éclaboussures, des gestes et des marques de perforation dans leur travail.

Bien que le terme « peintre processuel » ait été inventé dans les années 1960 pour désigner des expérimentateurs comme Jackson Pollock, qui considérait les matériaux et la méthodologie comme des parties fondamentales de l'œuvre globale, cette vision de l'art comme quelque chose d'actif et vivant est utile pour comprendre que les tableaux sont en constante évolution.

Ce sont des objets fonctionnels dont les effets changent en fonction de notre environnement culturel et personnel. La machinerie complexe d'un tableau peut être appréciée immédiatement et comprise avec de la pratique.

Frank Auerbach est un artiste dont la relation avec les dimensions de la peinture est déterminée par le temps (passé), l'espace (dans lequel l'œuvre est créée) et la profondeur (du matériau et du sens). Il est un boulimique de peinture. Chaque coup de pinceau crée de grands sillons et des pics, la peinture s'arquant en place dans de glorieux plis de meringue. La qualité extraordinairement glissante-collante de la peinture à l'huile est capturée avec de multiples outils : alternativement des pinceaux, ses propres mains, des racloirs à mastic et même de la peinture appliquée directement depuis le tube.

Bien que généreux, son approche consiste autant à effacer qu'à ajouter. Il gratte la peinture de la toile avec un couteau à palette à la fin de chaque session, pour recommencer le lendemain.

Les peintres repoussent les limites : observer leur audace

L'approche d'Auerbach se rapporte à ses prédécesseurs artistiques. Rembrandt utilisait un couteau à palette. Les restaurateurs d'art ont utilisé des rayons X pour révéler que Rembrandt utilisait l'extrémité en bois aiguisée d'un pinceau pour sculpter dans sa peinture encore humide. Cet « empâtement travaillé » servait à représenter des détails fins comme les cheveux, les visages ridés, la fourrure et les ondulations délicates dans les armures et les bijoux.

Le processus de peinture de Rembrandt était en avance sur son temps. Il travaillait de manière sculpturale, superposant différentes densités de pigments et de glacis, puis les entaillant pour qu'ils ressemblent physiquement aux textures et à la qualité du sujet réel. On peut le considérer comme un ouvrier créatif du bâtiment, construisant des monuments destinés à traverser le temps.

Turner était tout aussi incisif. Il fut l'un des premiers artistes à oser peindre à l'huile en extérieur (anticipant l'invention du tube de peinture à l'huile), et il grattait la surface de ses carnets de croquis avec l'ongle du pouce de sa main droite, qu'il laissait pousser long à cet effet. Cette approche littéralement avant-gardiste révélait la pulpe blanche en dessous, créant des rehauts. Son adoption précoce de nouveaux pigments (bleu cobalt, jaune chrome, vert émeraude et rouge écarlate furent inventés de son vivant) a influencé les palettes de couleurs audacieuses des impressionnistes et des artistes d'aujourd'hui.

En résumé

Regarder un tableau ne se résume pas à jeter un coup d'œil rapide. C'est un exercice de patience et d'observation qui révèle des trésors insoupçonnés : la technique de l'artiste, les couches de peinture, les corrections, les audaces. Prenez le temps de vraiment voir, pas seulement regarder. Vingt minutes devant une œuvre qui vous parle valent mieux qu'une heure à papillonner devant cent tableaux sans les voir vraiment.

Questions fréquentes sur l'observation de tableaux

Vous vous demandez comment améliorer votre façon de regarder l'art ? Voici les réponses aux questions les plus courantes.

Faut-il connaître l'histoire de l'art pour bien regarder un tableau ?

Non, absolument pas. Vos émotions et votre ressenti face à une œuvre sont tout aussi valables que l'analyse d'un historien de l'art. La connaissance de l'histoire de l'art peut enrichir votre expérience, mais elle n'est pas indispensable pour apprécier un tableau. Commencez par ce que vous voyez et ce que vous ressentez, le reste viendra naturellement si vous êtes curieux.

Pourquoi certaines personnes restent-elles si longtemps devant un tableau ?

Parce qu'ils ont compris que plus on regarde, plus on voit. Les études de suivi oculaire montrent que notre regard balaie progressivement la toile, collectant des informations par petits fragments. Plus vous restez longtemps, plus votre cerveau assemble de détails : un coup de pinceau subtil, une expression dans un visage, un jeu de lumière que vous n'aviez pas remarqué. C'est comme écouter une symphonie : il faut du temps pour en saisir toutes les nuances.

Comment choisir quel tableau regarder dans un musée bondé ?

Faites confiance à votre instinct viscéral. Déambulez tranquillement et arrêtez-vous devant le tableau qui vous attire naturellement, même si ce n'est pas le plus célèbre de la salle. Choisissez une œuvre devant laquelle il y a de la place (pour pouvoir l'observer confortablement), qui représente un sujet qui vous parle ou dont les couleurs et la composition vous plaisent spontanément. L'œuvre parfaite à observer est celle qui vous donne envie de vous arrêter.


Méta Title : Comment regarder un tableau : guide pour vraiment voir l'art

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